La vérité sur les savons en pain

par claire-wyniecki

Lire

Addict comme nous sommes aux jolis packagings des gels douche et à leurs noms toujours plus doux et prometteurs, cela fait belle lurette que nous ne nous soucions plus des pains de savon. Pas beaux, pas pratiques et soit disant moins hygiéniques, on les a relégués au rang des has been. Et pourtant ! Seraient-ils LA solution pour réduire considérablement notre utilisation de produits chimiques à travers notre routine d’hygiène ? Et peut-on réellement les utiliser sans réserve ? Aidés par Delphine Laurent, ingénieur chimiste, à l’origine de la jolie marque de Nature en Bulles, nous avons tenté de discerner le vrai du faux sur la savonnette.

Les pains de savon ne nécessitent pas de conservateurs.

VRAI.

Pour rendre un savon liquide, il faut ajouter beaucoup d’eau. Or qui dit eau, dit climat propice à la prolifération des microbes et des bactéries. Les savons liquides nécessitent donc l’ajout de conservateurs chimiques – dont les parabens si contestés actuellement – pour se conserver dans le temps et éviter la contamination. Les savons en pain, sans eau, n’en ont pas besoin.

Savon pour les mains

 Les savons en pain ont toujours une composition plus clean que celle des gels douche

FAUX !

Nous attendons d’un produit qu’il ait cette mousse onctueuse et parfumée, qui laisse derrière elle un film velouté sur la peau. Pour répondre facilement à cette attente, les fabriquants de savons industriels (qu’ils soient liquides ou en pain) utilisent très souvent des détergents synthétiques, comme le Sodium lauryl sulfate ou le Sodium laureth sulfate. Ce sont des produits irritants pour la peau (voire même soupçonnés d’être cancérigènes), polluants pour la nature mais peu chers à utiliser pour les fabricants.

Pire, pour toujours plus de mousse et d’onctuosité, la plupart des savons en pain industriels contiennent aussi de l’EDTA (Ethylène Diamine Tétra Acétique), un produit chimique visant à protéger le savon de la dégradation par les bactéries. Or l’EDTA est tout simplement considéré comme un poison (il aide notamment à la décontamination des milieux nucléaires…) non biodégradable et capable de se fixer dans l’organisme.

Il faut enfin être conscient du fait que la plupart des savons vendus dans le commerce et sur les marchés (vous savez, ces petits savons multicolores qui épousent toutes les formes possibles), sont des produits à base d’huile de palme (« sodium palmate » et/ou « sodium palm kernelate »). Cette huile, qui n’a pas de véritables propriétés cosmétiques, est largement décriée pour son impact désastreux sur l’écologie (elle conduit à des déforestations massives et à la dégradation de notre écosystème). Une huile qui n’a donc de « bon » que son faible coût pour le fabriquant.

Attention donc. Un savon en pain acheté à l’aveuglette est bien souvent, malheureusement, un mélange d’huile de palme avec divers parfums et colorants de synthèse. Dans ce cas il n’est absolument pas plus clean qu’un .

 On peut utiliser des vieux savons de Marseille et d’Alep les yeux fermés.

FAUX.

Attention aux contrefaçons qui peuvent nous amener à nous servir de produits toxiques tout en essayant de nous faire du bien.

Nous sommes par exemple tout à fait enclins à faire confiance aux appellations « savon de Marseille » ou « savon d’Alep », les sacrosaintes références de nos grands-mères à la peau si bien conservée. Or il faut savoir que ces appellations ne sont pas contrôlées. Un savon de Marseille peut venir de n’importe où et être formulé selon n’importe quelle recette. Le savon d’Alep doit quant à lui être fabriqué en Syrie mais les contrôles de sécurité ne sont pas vraiment fiables. Choisissez donc toujours des produits emballés, regardez la provenance et les ingrédients, et préférez les marques de confiance dans les boutiques bien connues (Naturalia, La vie claire, Mademoiselle bio, etc.)

Utiliser un savon en pain est moins hygiénique que de se servir d’un gel douche.

FAUX.

Au contraire ! Les savons en pain sont une solution on ne peut plus hygiénique. Ils ne contiennent pas assez d’eau pour que les microbes puissent se développer à l’intérieur. Si l’on a un doute, on le passe juste à l’eau pour éliminer sa pellicule extérieure et retrouver une surface de savon toute neuve. Un savon en pain ne risque rien et peut parfaitement être utilisé par plusieurs membres de la famille.

Attention tout de même à le laisser sécher entre chaque douche, sur un porte savon efficace qui ne fait pas de flaque. Si le savon trempe plusieurs jours dans l’eau, alors il pourrait y avoir des bactéries sur sa surface. Dans ce cas il suffit encore une fois de rincer le savon pour enlever sa pellicule extérieure avant de l’utiliser.

Mousse de savon en pain

Le savon en pain est plus asséchant pour la peau

FAUX.

Tout produit lavant, qu’il soit savon en pain naturel ou détergent synthétique dans un gel douche bas de gamme, a pour but d’emmener la saleté dans l’eau. Ce procédé est de toute manière asséchant pour la peau puisqu’il détruit son film hydrolipidique. C’est un processus normal et ce film est fait pour se reformer en quelques minutes.

Néanmoins certains ingrédients peuvent compenser l’absence de film le temps qu’il se reforme, évitant ainsi la sensation de tiraillement et les . Il faut toujours choisir des savons surgras, dont le taux de glycérine compense l’aspect asséchant du savon. Certains savons en pain non surgras (savon de Marseille) peuvent donc en effet être plus asséchants qu’un gel douche mais l’inverse est également tout à fait possible.

Les savons de Nature en Bulles sont notamment fabriqués grâce à la technique de la saponification à froid, une méthode d’obtention du savon à température ambiante, qui respecte les huiles même les plus fragiles. Dans ce procédé, la glycérine est conservée, et les savons sont généralement « surgras », c’est à dire qu’il reste un peu d’huile, ce qui leur confère une grande douceur et des propriétés cosmétiques réelles.

Les pains de savon ne moussent pas.

FAUX.

C’est vrai, la mousse est souvent suspecte (voir plus haut) et il faut se méfier des ingrédients qui la provoquent. Mais il y a aussi des produits naturels qui produisent une mousse bien compacte ! Dans l’un de ses shampooings en pain, Nature en bulle utilise par exemple de l’huile de ricin. Cette huile a la propriété, une fois transformée en savon, de produire une belle mousse, riche et onctueuse.

Les savons ne coûtent rien à fabriquer ce qui ne justifie par leur prix.

FAUX.

A l’origine, un gel douche devrait coûter plus cher à réaliser qu’un bon savon en pain car il contient beaucoup plus d’ingrédients. Mais la différence se fait surtout au niveau du dossier cosmétique, qui est obligatoire, et qui nécessite des analyses longues et coûteuses.

La fabrication d’un savon, comme de n’importe quel produit cosmétique, doit être placée sous la responsabilité d’une personne qualifiée, et chaque formule doit être validée par un pharmacien ou un médecin. Des analyses sont ensuite nécessaires pour prouver qu’aucune contamination microbienne n’est possible dans le savon. Ces analyses doivent être effectuées par un laboratoire spécialisé. Puis chaque formule est déposée auprès des centres anti-poison, pour qu’en cas de problème de santé due à l’utilisation de ce savon (allergie, ingestion…) ils puissent indiquer la marche à suivre. Cette réglementation contraignante et sévère garantit la sécurité du consommateur.

Toutes ces contraintes ont un coût, ce qui explique que la plupart des savonniers ont une gamme relativement stable, et qu’ils ne fassent pas varier leurs formules très souvent. Si un savonnier vous propose de nouveaux savons à tout bout de champ : méfiance ! Il est probable qu’il ne s’entoure pas de toutes les précautions ci-dessus, et vous n’êtes pas assuré de l’innocuité de ses produits…

Un savon ne nécessite pas plus de 2 ingrédients.

VRAI.

Un savon par définition est fait par réaction chimique entre de la matière grasse et de la soude. Cela forme du savon et de la glycérine. La liste des ingrédients d’un savon comporte donc en premier lieu :

  • des noms du type “sodium (nom de la matière grasse)ate”
  • des matières grasses qui peuvent être de l’huile de palme (sodium palmate, sodium palm kernelate), de la graisse animale (sodium tallowate) ou, comme chez Nature en Bulles, de l’huile de noix de coco (sodium cocoate) ou du beurre de karité (sodium butyrospermum parkiiate).

Ensuite peuvent s’ajouter à cela (de manière facultative) :

  • des huiles essentielles (pour l’odeur et pour leurs propriétés propres : purifiante, relaxante, etc.)
  • des argiles (pour leurs propriétés : désincrustantes, hydratantes, et pour la couleur)
  • du miel (propriétés cicatrisantes, hydratantes, et odeur gourmande)
  • les industriels auront plutôt tendance à favoriser les parfums de synthèse et les colorants chimiques.

Plus il y a d’ingrédients, plus il y a de risques qu’il y ait de “mauvais ingrédients”. Un savon solide naturel peut contenir jusqu’à une dizaine d’ingrédients environ. Pour les gels douche, cela tourne plutôt autour d’une bonne vingtaine d’ingrédients minimum !

mousse savon en pain

Pour un certain nombre de raisons désormais évidentes, il est préférable de se laver avec des savons en pain…de qualité ! Pour vous y retrouver, voici nos 7 commandements infaillibles :

  • Ne vous procurez pas un savon sans emballage spécifiant l’origine et la composition. Même s’il est tamponné « savon d’Alep » ou de « Marseille ». Trop de contrefaçons trompent le marché.
  • Eviter les mauvais ingrédients de base : « sodium palmate », « sodium palm kernelate », « sodium laureth sulfate » et « sodium lauryl sulfate ».
  • Préférez ceux-ci :
« sodium olivate » (savon à base d’huile d’olive) et « laurus nobiliate » (savon à base d’huile de baie de laurier).
  • Choisissez des produits produits surgras, qui ne donneront pas l’impression d’assécher la peau.
  • Rangez votre savon en pain sur un porte savon grille qui le conserve au sec.
  • Choisissez des produits avec le moins d’ingrédients possible.
  • Privilégiez les savons obtenus par saponification à froid (ceux qui gardent un maximum de vertus). Ils sont reconnaissables car souvent découpés à la main, d’où une forme rectangulaire un peu maladroite. Les formes cœurs, citrons, balles de tennis cachent une piètre qualité.

Troquer son gel douche chimique contre une savonnette est donc un geste tout simple à intégrer dans sa routine beauté, pour préserver sa beauté, sa santé et l’environnement !