Toute la vérité sur les parabènes

par claire-wyniecki

Lire

Ils sont décriés par les médias, bannis par les marques bio, inquiétés par des études sanitaires à répétition, menacés par les législateurs… Depuis une dizaine d’années les parabènes sont l’objet d’une véritable chasse aux sorcières. Qu’en est-il des consommateurs ? Nous les boudons instinctivement, à l’affût des étiquettes « sans parabènes » sur les packagings, sans réellement savoir ce qu’ils sont et pourquoi ils seraient nocifs pour la santé. Beautistas a mené l’enquête pour rétablir la vérité à ce sujet…

?t??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

Les parabènes, c’est quoi exactement ?

A l’état naturel, les parabènes représentent un petit groupe de molécules que l’on trouve dans quelques fruits et légumes – mûre, fraise, carotte, et oignon – ou dans le miel. Cette formule moléculaire est reconnue pour ses vertus antibactériennes et antimycosiques (anti-champignons). Au début des années 1940, des chercheurs ont reproduit chimiquement la formule des parabènes pour permettre aux industries pharmaceutiques, cosmétiques et alimentaires de profiter de ses actions protectrices sur les produits de consommation. Les parabènes sont aujourd’hui utilisés dans environ 80% de nos produits cosmétiques (maquillage, crèmes, produits d’hygiène, crèmes de rasage, déodorants). Sans eux, la prolifération des bactéries entraînerait une dégradation accélérée des produits, une perte des pouvoirs actifs et, plus inquiétant, une augmentation du risque d’infection chez les consommateurs.

Pourquoi sont-ils décriés ? 

beautistas-hydrater-seinsDès les années 1960, quelques premières controverses ont surgi. Les parabènes provoqueraient des réactions allergiques (eczéma notamment) et participeraient à un cutané prématuré. Ces discussions ont cependant rapidement été classées, par manque de résultats vraiment significatifs. Mais en 2004 la polémique sur les parabènes revient de plus belle. Une étude de la biologiste moléculaire britannique Philippa Darbe (Université de Reading) souligne la présence de parabènes dans la biopsie d’une tumeur cancéreuse du sein. Elle évoque un lien entre la molécule et le cancer mais ne prouve pas la cause à effet. Plus tard, après d’autres études prouvant la présence fréquente de parabènes dans les urines de patients, les scientifiques ont soupçonné un risque général de cancers sur tous les organes génitaux de la femme comme de l’homme (seins, ovaires, et prostate tout particulièrement) ainsi qu’une baisse de la fertilité. Dès lors, alors que les spécialistes parlent encore au conditionnel et émettent de simples hypothèses, le grand public s’emballe. Les parabènes sont étiquetés « perturbateurs endocriniens », l’alerte est largement médiatisée (l’émission Envoyé Spécial en fait un portrait dramatique le 3 mars 2005 qui met le feu aux poudres) et l’Assemblée Nationale vote la Loi Lachaud interdisant radicalement l’utilisation des parabènes le 3 mai 2011. Cette loi, qui n’a encore jamais été mise en pratique,  a fortement ébranlé l’industrie cosmétique et de nombreuses marques ont, par mesure de précaution, reformulé leurs formules pour en ôter les parabènes. Depuis, les consommateurs inspectent scrupuleusement les étiquettes « sans parabènes » et les industries bio surfent sur la tendance, mais aucune information plus fiable n’a vu le jour depuis le début de la polémique. On sait seulement que les pontes de la recherche en matières sanitaires travaillent actuellement sur le sujet – notamment l’INSERM en France – mais les conclusions ne sont pas suffisamment convaincantes pour imposer des mesures draconiennes contre ces substances. On estime pour le moment que la dose quotidienne d’exposition dans nos produits cosmétiques serait bien en-dessous du seuil considéré comme dangereux.

 Quels sont les risques potentiels ?

Les parabènes peuvent être absorbés sous deux formes : par voie orale (médicaments) et par voie cutanée (cosmétiques). Il semblerait déjà que la voie orale ne présente pas de danger car une fois avalés, les parabènes sont dégradés et éliminés rapidement par notre métabolisme naturel. Les choses sont différentes pour la voie cutanée. Habituellement assez imperméable, la peau laisse pourtant bien passer les parabènes. Ils se retrouvent alors dans le sang à une faible quantité, qui peut augmenter avec des applications répétées. Le cœur, qui perfuse les organes, s’occupe de faire voyager les molécules à travers le . La théorie suggère que les parabènes, étant de potentiels perturbateurs endocriniens (ils mimeraient artificiellement l’action des œstrogènes), pourraient notamment se retrouver dans nos organes génitaux et activer leurs cellules exocrines. Dans de rares cas, l’activation des cellules dégénère et devient incontrôlée. Ce mécanisme serait à la base du processus cancéreux. Cependant, de nombreuses raisons peuvent être à l’origine de cette prolifération des cellules et donc d’un cancer. C’est certainement une combinaison de facteurs génétiques (prédispositions) et environnementaux (expositions à des agents potentiellement cancérigènes tels que la pollution, la cigarette, le soleil, etc.) et non pas la « faute aux parabènes ».

Comment distinguer les parabènes sur les étiquettes ?

Il existe plusieurs types de parabènes, utilisés séparément ou regroupés :

  • le Methylparaben (1 carbone dans la molécule)
  • l’Ethylparaben (2 carbones)
  • le Propylparaben (3 carbones)
  • le Butylparaben (3 carbones)

Il est inutile d’être chimiste et de comprendre le fonctionnement des carbones dans les molécules mais il est important de retenir que moins il y a de carbone, plus la molécule a de difficultés à pénétrer à l’intérieur de la peau. C’est pourquoi les Methylparaben et Ethylparaben sont encore jugés bénins pour l’homme, tandis que les Propylparaben et Butylparaben sont toujours suspectés.

Quelles sont les solutions de substitution ?

Même si le danger des parabènes n’est pas prouvé, la formule a de toute manière perdu la confiance des consommateurs et les chimistes cherchent de nouvelles solutions pour conserver les produits cosmétiques :

  • Les produits aux huiles essentielles ne nécessitent pas d’addition de conservateurs. C’est l’option des marques bio qui est également très controversée car les huiles essentielles sont des allergisants avérés.
  • La stérilisation UHT des produits comme pour le traitement du lait longue conservation (testé par Carrefour).
  • La réduction de la présence d’eau dans les formulations (au profit de l’huile) pour éviter la prolifération microbienne.
  • La création de tubes sans reprise d’air (testé par Avène).

Pour l’instant, ces solutions ne sont pas non plus dépourvues d’inconvénients et les spécialistes ont tendance à dire que dans ces conditions, il est encore plus dangereux de supprimer les parabènes car certains ersatz sont encore plus allergènes. Reste la solution des formats unidoses, qui n’est ni écologique ni économique. Check your health skin Alors que faire dans l’attente d’en savoir plus ? Il est clair que le comportement des parabènes sur notre organisme est douteux. Par principe de précaution, il est donc préférable de les éviter autant que possible, notamment pour les femmes enceintes et les enfants. Pour limiter la panique, il faut bien être conscient du fait que même si les parabènes ont réellement été la cause de quelques rares cancers, ces cas isolés ont peut-être été de simples hasards et ne prouvent rien à grande échelle. Enfin, la France est tout particulièrement sensible à ce sujet alors que les pays anglo-saxons sont beaucoup plus détendus dans l’utilisation des produits avec parabènes. Ce qui ne les empêche pas, par ailleurs, de mener des enquêtes très sérieuses pour en savoir plus. Par conséquent, pour l’instant le mieux est de ne pas céder à la psychose tout en évitant de trop se surexposer à ce type de composants.