Décryptage des actifs cosmétiques avec Christiane Montastier

par magali

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N’avez-vous pas déjà ressenti cette étrange impression de devoir détenir un bac+5 en chimie à la lecture de vos emballages cosmétiques afin de comprendre ce que vous appliquez sur votre peau tous les jours? En effet, la liste des ingrédients de nos crèmes et ressemble parfois étrangement à une formule magique dont on aimerait bien percer le secret. D’autant que les publicitaires savent parfaitement nous mettre l’eau à la bouche en valorisant l’action d’ingrédients extraordinaires, aux vertus plus merveilleuses les unes que les autres. Mais quel est véritablement le rôle de ces ingrédients dans la composition des formules ? Afin d’y voir plus clair, nous avons interrogé Christiane Montastier, docteur en pharmacie et pharmacologue renommée, consultante spécialisée dans la biologie de la peau, afin qu’elle nous dévoile tous les secrets des actifs cosmétiques.

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De l’efficacité des actifs cosmétiques…

Selon Christiane Montastier, la performance d’un soin ne dépend pas uniquement de la puissance de ses ingrédients actifs. En effet, ces derniers ne déploient leur efficacité sur votre peau que s’ils sont associés à une texture adéquate. Celle-ci a une importance primordiale pour une action immédiate en maintenant l’hydratation de l’épiderme et en favorisant la pénétration des actifs, afin de donner à la peau et douceur. Il arrive d’ailleurs que certaines formules ne contiennent aucun principe actif car leur texture seule (émulsion huile dans eau ou eau dans huile) suffit à nourrir la peau, à l’hydrater et donc à lui donner un touché doux et soyeux.

Les effets immédiats sur la peau sont essentiellement dus aux spécificités et aux qualités de la texture.

Ne vous attendez donc pas à des miracles en quelques jours, quoi qu’en disent les publicitaires, car les ingrédients actifs mettront un peu plus de temps avant de montrer des résultats visibles. Certains actifs comme les antioxydants, les acides de fruits et les vitamines protègent l’épiderme et préviennent des signes du assez rapidement. Mais le minimum pour évaluer l’action épidermique d’un actif ou d’un produit s’élève à 28 jours pour une peau jeune : cela correspond au processus de renouvellement des cellules cutanées qui remontent à la surface de l’épiderme avant de mourir et de se détacher. Ce n’est donc qu’après un cycle complet de 28 jours que l’on pourra évaluer l’effet d’un actif sur l’ensemble de la peau. Pour les peaux plus matures, ce cycle prendra plus de temps, jusqu’à 35 voire 40 jours. Certains actifs ont besoin de plus d’un cycle afin de prouver leur efficacité. C’est notamment le cas des peptides ou des protéines de très bas poids moléculaire qui peuvent pénétrer dans la peau plus profondément et offrir une efficacité à long terme. Une action dépigmentante par exemple aura besoin de plus de 2 mois avant d’être visible, car il s’agit d’un processus qui ne se limite pas à la surface de l’épiderme. En moyenne, comptez donc 2 mois pour commencer à juger de l’efficacité de votre nouvelle crème sur votre épiderme, et 3 mois voire plus si vous voulez évaluer une action plus profonde sur le derme.

Toute molécule en contact avec la peau peut y pénétrer, de façon plus ou moins importante en fonction de son poids moléculaire*

Certaines molécules disposent d’une telle activité biologique qu’elles agissent à tous les niveaux cellulaires et cutanés, de sorte qu’il ne sera pas nécessaire de les associer à d’autres actifs. C’est notamment le cas pour le rétinol ou la vitamine C à forte concentration, et plus généralement pour les produits et traitements disponibles en parapharmacie, à l’action particulièrement ciblée. En revanche, une crème cosmétique plus généraliste, anti-âge par exemple, utilisera une combinaison d’actifs pour répondre conjointement à plusieurs problématiques.

 

 La juste dose d’actifs pour une concentration optimale

Qu’en est-il finalement de la concentration des actifs dans la formule ? Existe-t-il un taux minimum pour assurer leur efficacité ? A ce sujet, Christiane Montastier est très claire : « Il existe une concentration minimale pour valider l’action d’un actif biologique. En effet, la membrane des cellules cutanées est composée de récepteurs cellulaires. Si la concentration d’actifs est trop faible, ils ne vont pas occuper la totalité de ces récepteurs, ce qui ne déclenchera donc pas la réaction souhaitée ». Habituellement, un produit cosmétique devra donc contenir au minimum la dose avec laquelle ont été réalisés les tests d’efficacité sur l’actif seul. Cependant, une surconcentration d’actifs peut également se révéler nocive, comme c’est le cas pour la vitamine C, un puissant anti-oxydant qui va au contraire oxyder les cellules s’il est utilisé à une concentration trop élevée. Le travail des chercheurs et des scientifiques consiste ainsi pour chaque soin de trouver la ‘fenêtre d’activité’, c’est-à-dire la concentration optimum, qui varie pour chaque actif. Afin qu’un produit cosmétique gagne en efficacité, il n’est pas forcément nécessaire d’augmenter la concentration en actifs. Il existe des méthodes alternatives : le potentiel d’une crème ou d’un sérum peut être augmenté en préparant idéalement la peau grâce à un peeling par exemple, mais également en associant le produit cosmétique à une application instrumentale (brosse mécanique, , LED, lumière pulsée). Cependant, il faut retenir qu’au-delà de la concentration des actifs, qui est vérifiée légalement pour correspondre aux revendications marketing, c’est la régularité de l’application sur le long terme et la bonne association avec une texture facilement assimilée qui déterminera l’efficacité d’un produit cosmétique.

L’avenir des actifs cosmétiques : le clonage des cellules souches végétales

Selon les pronostics de Christiane Montastier, la cosmétique du futur sera le résultat d’un subtil équilibre entre nature et science, également appelé biotechnologie végétale. Selon cette technologie, il sera possible de prélever un petit échantillon de feuille, de fleur ou de bourgeon, qui sera ensuite déposé dans un fermenteur afin de le reproduire à l’infini et d’obtenir ainsi une biomasse facilement utilisable dans les produits cosmétiques. L’avantage de ces biomasses est qu’il s’agit d’extraits purs facilement reproductibles et à très fort potentiel d’efficacité. Le développement de cette technique permettra d’utiliser comme actifs dans les produits cosmétiques des plantes rares ou des espèces protégées à fort potentiel dont le prélèvement naturel et donc l’utilisation cosmétique seraient proscrits en temps normal, pour des raisons environnementales évidentes. Il sera donc possible dans un futur proche d’aller chercher des plantes extremophyles** dans les endroits les plus reculés de la planète afin d’utiliser leurs incroyables capacités d’auto-préservation et de régénération sans rompre l’équilibre des écosystèmes en dévastant la flore. Un simple échantillon de quelques milligrammes permettra ainsi de reproduire à l’infini un organisme grâce aux cellules souches végétales.

 Les cellules souches végétales sont des cellules totipotentes, c’est-à-dire qu’elles ont dans leur génome toutes les possibilités de redevenir une plante.

La multiplication des cellules souches est déjà utilisée dans l’alimentation pour les plantations de café ou de cacao en Afrique. Mais attention à ne pas confondre cette technologie avec les OGM ; dans la biotechnologie végétale, le génome de la plante n’est en rien modifié mais est conservé intact. En revanche, les cellules souches végétales sont soumises à des conditions extrêmes dans un réacteur, ce qui les oblige à fabriquer des molécules de défense qui seront prélevées pour en extraire des molécules antioxydantes puissantes. Non seulement les cellules souches peuvent être multipliées à l’infini mais il apparaît qu’elles sont même plus actives encore que l’extrait naturel de la plante dont elles sont issues. En effet, les cellules souches végétales sont constituées des molécules actives de la plante, alors que les extraits végétaux sont obtenus à partir d’un conglomérat des feuilles et de tiges, qui n’auront pas forcément d’activité biologique intéressante pour la croissance et la survie de la plante. Donc pas forcément d’intérêt pour ses vertus anti-oxydantes et protectrices non plus. De ce fait, les cellules souches peuvent se révéler avoir une efficacité 10 à 100 fois supérieures au extraits naturels d’une même plante.

La cosmétique de demain est tournée vers la biotechnologie végétale.

L’avenir des cosmétiques semble donc bien résider dans les actifs naturels ; pas forcément dans le bio comme on l’entend habituellement, mais plutôt dans une utilisation habile de la science pour extraire des plantes et végétaux leur substantifique moelle sans porter préjudice à notre environnement.

Pour en savoir plus

*Poids moléculaire : le poids moléculaire d’un actif correspond au volume de celui-ci. Plus son poids moléculaire est élevé, plus ce dernier aura du mal à pénétrer le stratum cornéum, ie la surface de la peau.

**Extremophyle : un organisme est qualifié d’extremophyle lorsqu’il parvient à évoluer et à survivre dans des conditions extrêmes qui seraient mortelles pour la plupart des autres organismes (températures proches ou supérieures à 100 °C ou inférieures à 0 °C, pressions exceptionnelles, milieux très chargés en sel, milieux non éclairés…). C’est le cas pour les organismes vivants dans les profondeurs marines ou sur les flancs de volcans par exemple.

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L’Expert : Christiane Montastier

Docteur en pharmacie, ainsi que pharmacologue et toxicologue, Christiane Montastier dispose de 40 années d’expertise en cosmétologie. Depuis 1973, elle a occupé différents postes de Direction au sein des laboratoires de Recherche et Développement dans le domaine de la biologie de la peau, de la sécurité des produits et de leur efficacité (ROC, L’Oréal, Helena Rubinstein, Inneov). Membre de nombreuses sociétés en cosmétologie, Christiane a participé à l’organisation et a communiqué lors de multiples congrès nationaux et internationaux. Son parcours en fait une spécialiste de l’anti-âge, de la , des tâches pigmentaires, mais aussi des allergies cutanées et de la sécurité des produits cosmétiques. Depuis de nombreuses années, elle transmet également son savoir spécifique auprès de jeunes spécialistes. Christiane est aujourd’hui consultante en communication scientifique et travaille dans les études cliniques pour les produits cosmétiques.