Sommes-nous pollués dès la naissance ?

par agatheverguin

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De récentes études ont démontré la dangerosité de certains composants chimiques, auxquels nous sommes exposés quotidiennement. Cancer du sein, obésité, troubles de la fertilité, troubles neurologiques entre autres, les organisations médicales à l’origine de ces recherches, veulent alarmer sur les conséquences pour la santé (et aussi l’environnement) liées à cette exposition permanente. Mais aussi l’impact que ces agents chimiques ont sur le développement du foetus, et comment cela pollue t-il notre organisme avant même notre naissance. Explications.

Sommes-nous pollués dès la naissance ?

Dans les années 50, l’industrie du tabac était pointée du doigt alors que les scientifiques démontraient les risques de la cigarette et notamment le risque accru de cancer. Minimisant les études scientifiques, les industriels du tabac ont su résisté et ne rien changer à leur profitable business causant des dégâts humains considérables. Aujourd’hui tous les regards se posent sur l’industrie chimique, le nouveau « mauvais élève » qui comme son prédécesseur ferme les sur les conséquences de ces produits.

En cause, la dangerosité de certains des composants chimiques utilisés dans des produits de grande consommation et mis en lumière par plusieurs associations médicales telles que l’Association Américaine d’obstétriciens et de gynécologues, la Société Américaine pour la médecine reproductive, l’Organisation Mondiale de la Santé ou encore l’Association Britannique Royale d’obstétriciens et de gynécologues.

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Les études menées par ces groupes médicaux se sont focalisées sur les « perturbateurs endocriniens », des composants chimiques pouvant imiter certaines de nos hormones causant ainsi des dérèglements hormonaux et donc des troubles dans notre corps. Mais ce qui est particulièrement troublant c’est l’impact de ces composants sur la santé du foetus et son développement. Ainsi, l’Institut National Américain de lutte contre le cancer explique que de plus en plus de bébés naissent « pré-pollués ». La faute aux nombreux produits de soins utilisés par les femmes enceintes, et contenant des agents chimiques perturbateurs (endocriniens). On estime qu’en moyenne, les femmes enceintes aux États-Unis possèdent environ 43 composants chimiques différents dans leur corps, qui seront transférés ensuite dans le corps du futur bébé…

Comment faire alors ? Il n’est pas facile de les éviter, car ces agents chimiques sont partout de vos produits cosmétiques à vos ustensiles de cuisine en passant par votre mobilier et les emballages plastique. Il est donc important de bien lire la composition de vos emballages quelqu’ils soient pour essayer de les éviter au maximum (c’est déjà ça!). En voici une brève liste…

Les composants à éviter absolument

Le BPA (ou Bisphénol A)

Souvenez-vous, on en a entendu parler lors du scandale des tétines de biberons. Ce composant chimique à la particularité d’imiter les oestrogènes, ce qui entraine des maladies telles que le cancer du sein, l’obésité, une puberté précoce ainsi que des troubles de la fertilité. Evitez donc tout ce qui contient du BPA, à savoir les boites de conserve, les tickets de caisses (vous savez ce que vous avez acheté, non ?), les bouteilles en plastique… Comment savoir quand il y en a ? Si le marquage n’est pas obligatoire, la plupart des marques le signalent sur l’emballage à l’aide d’un pictogramme dans lequel sont inscrits les chiffres 1 à 6 qui vous informe qu’il n’y a pas de polycarbonate. Si le chiffre est un 7 cela correspond à « autres plastiques », et donc du bisphénol. Le sigle PC (en dessous du pictogramme) qui signifie « polycarbonate » confirme que le plastique a été fabriqué à partir de bisphénol A….

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Les phtalates

Considérés comme des perturbateurs endocriniens, les phtalates peuvent entrainer des troubles de la fertilité, des malformations congénitales dans le système reproducteur masculin, de l’obésité, du diabète ou encore des problèmes de thyroïde. Ces composés chimiques dérivées de l’acide phtalique, sont couramment utilisés comme plastifiants des matières plastiques. On les retrouve ainsi dans les films plastiques, emballages, revêtements de sol, rideaux de douche, peintures ou , dans certains dispositifs médicaux mais aussi dans de nombreux produits de cosmétiques : , laques pour , parfums… Comment savoir quand il y en a ? Malheureusement tous les produits, notamment cosmétiques, ne signalent pas la présence de ce composant. Néanmoins évitez les emballages plastiques ainsi que les cosmétiques signalant dans la composition le terme « parfum » qui est souvent utilisé comme générique des phtalates.

Produits ignifuges (ou retardateurs de flammes)

Un retardateur de flamme est une substance que l’on ajoute lors de la fabrication d’un matériau pour lui conférer une résistance au feu et répondre aux normes de sécurité incendie. On diminue ainsi le risque qu’un vêtement, un canapé, une télévision, un appareil électrique, électronique ou tout autre matériau de construction, ne prenne feu. Ces composants chimiques se retrouvent partout, sauf qu’avec le temps ces substances se sont accumulées dans notre environnement (sol, air, eau) et dans les organismes vivants, notamment dans les graisses, ce qui conduit à une exposition de plus en plus importante de la population et donc un risque accru de problèmes de santé. Problèmes de fertilité mais aussi troubles thyroïdiens et du foie entrainant (potentiellement) un retard du développement du système nerveux (troubles neurocomportementaux) des fœtus et nouveau-nés. Concrètement, on ne peut pas faire grand chose puisque qu’ils sont partout néanmoins, l’Union Européenne y travaille et a déjà interdit l’utilisation de certains de ces composants chimiques. Sauf qu’ils sont si persistants que des traces ont été trouvées dans le lait maternel et dans l’organisme de certains ours polaires !

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Les composés perfluorés (ou PFC)

Ces composés chimiques contiennent des atomes de carbone et de fluor, ce qui leurs confèrent une forte résistance à la chaleur d’où leur utilisation par les industriels dans de nombreux domaines. Ainsi on retrouve les PFC dans les climatiseurs, certaines unités de réfrigération et certains extincteurs mais aussi comme agent anti-adhésif (poêles, casseroles etc.), imperméabilisants ou encore agents anti-tache pour les textiles (tapis, rideaux, moquette). Ils sont également présents sur certains emballages alimentaires (de fast-food, emballages de pop corn micro-ondables) ainsi que dans certains types de matériel médical. Ces agents chimiques sont extrêmement nocifs pour l’environnement, notamment parce que ce sont des gaz à effet de serre très puissants. Ce sont également des perturbateurs endocriniens qui peuvent entrainer des troubles de la fertilité féminine principalement, ainsi que des troubles neurologiques comme un risque accru de d’hyperactivité chez l’enfant. Là encore, on ne peut pas faire grand chose bien que les gouvernements tentent de trouver des solutions. Néanmoins, il existe (peu) de marques produisant des ustensiles de cuisine sans PFC (estampillées « sans PTFE » ou « sans PFOA »), c’est déjà un bon début…

Vous l’aurez donc compris, il est assez difficile d’éviter ces composants chimiques qui sont présent un peu partout autour de nous. Néanmoins, vérifier la composition de chaque emballage pour essayer d’en consommer (ou d’être en contact) le moins possible est déjà un bon début. En attendant leur interdiction, ce qui risque de prendre du temps (surtout si on compare avec le tabac…)